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LETTERS TO THE EDITOR
Réaction à l'article de Mark Almond, "La Turquie risque de tourner le dos à l’Europe"
Summer 2008
par Gunther Krichbaum

Les négociations officielles pour l'accession de la Turquie à l’UE ont débuté le 3 octobre 2005. Le processus d'adhésion sera long et on ignore quand il aboutira. Son objectif est de construire la confiance entre les deux parties. Certes, l'UE peut se targuer d'une expérience de coopération déjà longue avec la Turquie et celle-ci dispose de la deuxième armée de l'OTAN. Mais l'Union n'est pas une alliance militaire. Elle est une union politique, fondée sur des valeurs communes.

Ces négociations sont équitables et ouvertes mais elles ne mèneront pas forcément à l'accession. Tout d’abord, les discussions en cours ne portent que sur huit des chapitres de négociations. N'y voyons pas là une intention cachée de l'UE de faire capoter les pourparlers. C'est plutôt la Turquie qui s'est jusqu'ici montrée hésitante à appliquer le "Protocole d'Ankara" de 1963, c'est-à-dire à ouvrir ses ports et aéroports aux navires et avions chypriotes alors que Chypre est désormais membre de l'UE. Ensuite, la Turquie a encore de nombreux progrès à faire en termes de droits de l’homme, d’égalité des sexes, de protection des minorités religieuses et de contrôle civil de l’armée pour satisfaire aux standards européens. Enfin, elle est également censée renforcer l’indépendance de la justice et la confiance des citoyens envers elle.

Avant de se plaindre de l'avancement des négociations, le gouvernement turc devra tout d'abord démontrer les progrès réalisés dans la mise en place de ce qu'il s'est déjà (librement) engagé à faire. Les promesses de réformes ne suffisent pas.

Quant à l’Union européenne, au-delà des critères de Copenhague, elle devra surtout analyser sa capacité à intégrer la Turquie. L'échec de l'intégration d'un seul pays membre potentiel suffirait amplement à laminer la confiance de nos concitoyens envers l'Union elle-même.

Mark Almond a raison d'évoquer la coopération étroite entre la Turquie, la Russie et l’Iran dans le domaine énergétique. En tant que responsable politique européen, je voudrais attirer l’attention sur les intérêts européens en la matière: il est impératif d'élargir la liste des régions et des pays fournisseurs de l'Europe, de même que celle des routes de transport. Et si la politique énergétique turque devait prendre en compte les besoins européens, il s'agirait là une base solide pour une collaboration fondée sur la confiance.

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