EUROPE

L'euro, prévisions pour la deuxième décennie

Autumn 2008
Alors que l'UE va bientôt célébrer les dix ans de sa monnaie unique, Joaquin Almunia, le commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires, souligne que le temps est venu pour les pays de la zone euro d'assumer leurs responsabilités, par une meilleure coordination de leurs politiques économiques

Le lancement de l'euro a constitué une étape décisive dans un des projets économiques des plus ambitieux. Jamais auparavant, des pays souverains n'avaient abandonné leur monnaie nationale en temps de paix pour s'engager sur la voie d'un avenir économique commun. Et pourtant, durant les 10 années qui ont suivi sa fondation, l'Union économique et monétaire a connu un succès qui a dépassé toutes les attentes. Même les plus chauds partisans du projet n'avaient pas prévu à quel point l'euro allait révolutionner la scène internationale et les économies européennes. Après avoir écarté les risques d’effondrement du marché unique, un nombre croissant d’États membres ont rejoint la zone euro: aujourd'hui la devise a fait son entrée dans le porte-monnaie de plus de 320 millions de citoyens de 15 pays différents (bientôt 16 avec l'entrée prochaine de la Slovaquie). La zone euro constitue le plus grand marché du monde développé et l'euro, la deuxième devise en terme d’importance, rivalise avec le dollar sur les marchés mondiaux du commerce et de la finance. Il est également une monnaie de réserve attractive pour de nombreux pays.

L' Union économique et monétaire (UEM) s’est construite sur des bases solides, elle a apporté la stabilité macroéconomique à la zone euro grâce à une politique monétaire indépendante administrée par la Banque centrale européenne ainsi qu’à une coordination des politiques fiscales dans le respect d’une saine gestion. Les précédentes crises des devises européennes sont désormais révolues et jusqu'à la récente flambée des prix du pétrole et de l'alimentation – un choc mondial de très grande amplitude – l'inflation est restée pleinement sous contrôle avec des taux d'intérêt plus bas que jamais. Nous nous sommes tellement habitués à la stabilité ces 10 dernières années, que nous ne sommes même plus conscients du chemin parcouru.

Toutefois, en ces temps difficiles, il serait bon de rappeler que sans l’euro, les conséquences de la crise économique et financière auraient été beaucoup plus perceptibles. La facture pétrolière aurait été incontestablement plus salée. Souvenons-nous de la crise des devises des années 1980 et 90. Cela donne une idée des turbulences que l’euro nous a épargnées dans la tourmente des marchés. Ajoutons à cela la création de 16 millions d'emplois depuis l’existence de la monnaie unique, des conditions plus favorables à l’investissement et aux échanges commerciaux et la rapide intégration des marchés financiers. Les bénéfices sont tangibles. L’Europe peut être fière de sa réussite et regarder de l’avant en vue de la célébration de la naissance de l'euro en janvier prochain.

 QUESTION D'OPINION

Dans les nouveaux États membres, l’enthousiasme suscité par l’euro est retombé

L'Eurobaromètre réalisé en mai 2008 dans les neufs nouveaux États membres qui n’ont pas encore adopté la monnaie unique (Malte, Chypre et la Slovénie l’ont déjà fait) montre que le nombre de personnes qui pensent que l’adhésion à l’euro aurait un impact négatif sur leur vie a augmenté depuis un an. Ce type de sondage sur l'euro et la perception qu'en ont les citoyens est mené deux fois par an depuis 2004.

Près de la moitié des personnes interrogées (47%) affirme que l’adhésion à l’euro serait positive. Une proportion moins importante (39%) s’attend à ce que l'euro ait un impact négatif, cette proportion ayant augmenté de 5% depuis septembre 2007.

Ce sondage montre également une augmentation de 4%, depuis avril 2007, du nombre de personnes qui craignent que l’adhésion à l’euro ne cause une perte de contrôle sur l’économie de leur pays. Une majorité (54%) ne partage pas ce point de vue.



http://www.gallupworldpoll.com/

Mais restons réalistes, l’euro a encore des étapes à franchir. On attribue souvent la croissance molle au sein de l'UEM aux désaccords internes. Les critiques à l’égard de l’euro sont souvent exagérées et non fondées. Ainsi, pendant la dernière décennie, la croissance du PIB par habitant a été plus élevée dans la zone euro qu'aux USA. Les fluctuations de taux de croissance et d'inflation entre les pays de la zone euro ne sont pas plus importantes que celles observées à l'intérieur de grandes économies comme les USA, l'Allemagne ou l'Italie. Toutefois, nous pouvons faire mieux pour améliorer le fonctionnement de l'UEM et tirer avantage de l'intégration économique, propice à la croissance, à la compétitivité et à la création d'emplois.

D’une façon générale, tout nous pousse sur la voie des réformes. La mondialisation apporte de nouveaux défis, inconcevables il y a 10 ans. La concurrence internationale se fait plus rude et la demande en matières premières et en denrées alimentaires augmente. En corollaire, le vieillissement de la population ne va pas tarder à peser dans les économies européennes, menaçant les modèles sociaux qui nous sont chers. L'UEM est une plateforme formidable pour faire face à ces défis, à condition d’agir maintenant pour améliorer nos performances économiques.

Comment y parvenir ? Nous devons en priorité accorder une plus grande attention à la coordination et au meilleur contrôle des politiques économiques de l’UE. Je ne propose pas une nouvelle étape radicale dans l'élaboration de la politique européenne, mais plutôt le réexamen du principe de base repris dans l'article 99 du traité de Maastricht qui sous-tend l'UEM. Il stipule que les États membres doivent fonder et coordonner leur politique économique dans le respect de l’intérêt commun. On pourrait comparer l'UEM à une équipe de foot qui doit compter sur chacun de ses joueurs, au mieux de leur forme et de leurs capacités pour gagner. Le travail d'équipe est essentiel et une meilleure coordination est d'autant plus urgente que le nombre de joueurs ne cesse d’augmenter.

C'est pourquoi il faut approfondir et élargir le contrôle des politiques économiques dans la zone euro. Autrement dit, les États membres doivent instaurer entre eux un dialogue préalable pour coordonner leurs politiques économiques afin de concourir aux objectifs de l'UEM. Ils doivent en tenir compte dans l'élaboration de leurs politiques nationales.

Pourtant, au cours de la dernière décennie, les dirigeants européens ont relativement manqué de projet politique autour de l'euro, avec bien souvent une forte tendance à la critique – considéré trop faible ou trop fort –, en en faisant le bouc émissaire des difficultés actuelles. On peut déplorer que les dirigeants parlent autant des inconvénients de l’euro alors que qu’il est essentiel que chacun évalue pleinement les conséquences et les responsabilités découlant de l’appartenance à l'union monétaire. Jusqu'à présent, nous sommes heureux de bénéficier des avantages de l'euro: stabilité des prix, crédit moins cher, opportunités d'investissement et marchés plus ouverts. Mais nous ne pérenniserons ces résultats positifs et ne les ferons fructifier pour les générations futures qu’en coordonnant davantage nos politiques économiques.

Un contrôle plus approfondi des finances publiques serait un premier pas. Des progrès ont déjà eu lieu en ce sens grâce au Pacte de stabilité et de croissance, récemment réformé. Cet instrument, dont se sont dotés les pays de la zone euro, a permis de contribuer au développement d’une économie florissante, en limitant les déficits budgétaires excessifs – en 2007, ils étaient au plus bas depuis 25 ans. Cela signifie que la plupart des Etats membres ont maintenant une marge de manœuvre budgétaire suffisante pour gérer la crise actuelle. La dette publique de certains pays est encore cependant trop élevée au regard de leur population vieillissante. Afin d’éviter de faire porter un fardeau trop important par les générations futures et pour trouver les ressources budgétaires nécessaires à l’augmentation de la croissance européenne, nous devrons également placer plus l’accent sur la qualité et l’efficacité des finances publiques et pas uniquement sur le contrôle du déficit dans le PIB.

Le contrôle de la politique budgétaire devrait s’accompagner d'une surveillance plus large de l'évolution économique dans la zone euro. Par exemple, en examinant minutieusement les tendances du coût du travail ou le développement des déséquilibres des comptes courants, nous aurions les moyens de traiter les divergences en termes d'inflation et de compétitivité à l'intérieur de l'union monétaire.

Il est également urgent de mettre en œuvre des réformes structurelles, cruciales si nous voulons que l’Union monétaire réussisse et tienne sa place dans une économie mondiale en rapide évolution. Jusqu'à présent, les résultats ont fait défaut dans certains secteurs clés, porteurs de croissance. Les pays de la zone euro pourraient mieux profiter de réformes touchant au marché du travail, au secteur des services et aux marchés financiers.

Enfin, les pays de la zone euro doivent tendre vers une position commune sur la scène internationale et parler d'une seule voix. Face à l’évolution spectaculaire de l’économie mondiale au cours de la dernière décennie, nous devons impérativement prendre les décisions qui s’imposent pour la promotion et la défense des intérêts économiques de l'euro au niveau international. Une représentation plus cohérente de l'UEM permettrait aux États membres d'acquérir un poids politique égal à leur pouvoir économique et à celui de leur devise dans la balance mondiale. La tâche ne sera pas facile, mais nous ne pouvons nous permettre de courir le risque du statu quo. La récente tourmente financière et la volatilité des taux de change devraient servir de signal d'alarme. Dans un monde où les problèmes ont un caractère de plus en plus global – et où la taille des acteurs compte – nous devons nous assurer que l'intérêt commun l'emporte sur les divergences nationales.

Il y a 10 ans, l'Europe s'est engagée sur la voie de l'unité pour forger un avenir meilleur à ses citoyens. Cette expérience inédite n’en est qu’à ses débuts. Confrontée à de nouveaux défis, dans une période de grande incertitude, l'Europe doit aborder la deuxième décennie de l'euro avec la même ambition, la même détermination et le même esprit de coopération qui ont présidé à l’énorme succès de la première décennie.

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1 COMMENT(S)
  • Re:Making the most of the euro

That Gallup poll result is interesting. The results date back to May 2008 an thus don't reflect recent developments, in particular the severe depreciation of east European currencies. For reasons that should be obvious from the following FT Alphaville article, my guess is that the results of the next poll may show a reversal of the trend, i.e. a more favourable disposition towards the Euro.

http://ftalphaville.ft.com/blog/2008/10/24/17428/the-ee-mortgage/

Par Carlo Magno à 13/11/2008 18:46
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The fourteenth edition of Europe's World is out. We feel it's fair to say that few if any publications in the field of international relations and policy debate have grown as fast or widened their scope so remarkably as Europe's WorldTable of contents of Issue 14.

The search is on for 'global governance' solutions to the world's economic and political problems. The trouble is, of course, that there's not much agreement across Europe or around the world on what sort of policy instruments, institutions and rules would open the way to a fairer international system serving the needs of North and South, East and West while avoiding the pitfalls that led to the global crisis.  Read more

 
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