Quand j'entends la classe politique parler de l'entrée dans l'UE des États des Balkans qui n'y sont pas encore acceptés, il me semble que certains sont préoccupés par le spectre du "sur-élargissement". Il est grand temps d'examiner les Balkans occidentaux dans leur ensemble, et pas seulement à propos de la question du Kosovo et de ses velléités d'indépendance. Pour commencer, l'UE doit utiliser les rapports de la Commission sur cette zone instable, notamment les comptes-rendus de position récents, ainsi que les diverses autres études afin de compiler un document porteur d'une approche régionale globale. Ce ne serait pas une tâche bien difficile et cela permettrait de clarifier la situation.
Les Balkans occidentaux sont représentés par l'Albanie, la Bosnie Herzégovine, la Croatie, la Macédoine (République de Macédoine de l'ex-Yougoslavie), le Monténégro, la Serbie et le Kosovo. Dans l'ensemble, ils représentent près de 22 millions d'habitants, soit la taille du dernier arrivé dans l'UE, la Roumanie. Leurs développements économiques sont prometteurs. Presque toutes les économies de la région connaissent une forte croissance, leur production industrielle augmente et leurs exportations sont en expansion. Les investissements sont en constante augmentation. Le monde des affaires semble croire que les derniers défis politiques et sécuritaires, et les effets possibles de la crise du Kosovo et le malaise bosniaque, seront résolus plus rapidement qu'on ne le pense.
Beaucoup de choses ont été faites d'abord pour rétablir puis améliorer les contacts régionaux. En 1999, le Pacte de stabilité de l'UE pour l'Europe du sud-est a relancé la coopération régionale inter-frontalière pour la première fois depuis l'éclatement de la Yougoslavie. Plusieurs secteurs ont profité de cette coopération: l'énergie, les infrastructures de transport, notamment les routes, le rail, les voies d'eau, et même la prévention criminelle. Le Pacte de stabilité a été adapté avec succès au niveau local pour réapparaître sous le titre de Conseil de coopération régionale, dont le siège est à Sarajevo, paré pour mettre en place des normes régionales et multilatérales pour ses membres.
| QUESTION D'OPINION |
| La corruption risque de porter atteinte aux chances d'adhésion des Balkans à l'UE La corruption est un tel fléau dans les pays des Balkans que la Commission européenne la considère comme un obstacle majeur à leur adhésion à l'Union européenne. Dans ces pays, les mesures visant à combattre la corruption ne sont guère, selon le rapport de la Commission paru en novembre 2007, "à la mesure de l'importance du problème". La Commission affirme que le crime organisé, les tensions ethniques et la corruption entravent le processus d'adhésion des pays candidats (hormis la Croatie). D'après de récents sondages réalisés en 2006-2007 par Gallup dans la région, les citoyens des pays balkaniques s'accordent à dire que la corruption y est un mal endémique. En Bosnie-Herzégovine et en Macédoine plus que dans tout autre état des Balkans, une majorité de personnes estime que la corruption s'est généralisée dans le monde des affaires (86% dans les deux pays), tandis que la majorité du peuple kosovar déclare que la corruption est monnaie courante au sein du gouvernement (84%). Même au Monténégro, où la corruption est moins perceptible, on estime qu'elle a gangrené le monde des affaires (66%) et touché les membres du gouvernement (49%). Hormis le Monténégro, la majorité des citoyens Interrogés dans chaque état (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo, Macédonie et Serbie) estime que l'utilisation de cadeaux, de dessous de table ou de contacts personnels dans le but d'influencer les membres du gouvernement est une pratique qui fait plus de mal que de bien. Et pourtant, sur dix personnes admettant avoir versé un pot-de-vin à un représentant du gouvernement ou à un fonctionnaire l'année précédente, sept reconnaissent que ces derniers ont tenu leurs promesses.  http://www.gallupworldpoll.com/ |
L'Accord de libre échange d'Europe centrale signé en 1993 et récemment remis au goût du jour doit devenir le principal moteur régional pour le commerce et les affaires de manière générale.
Le Processus de coopération de l'Europe du sud-est (SEECP) est le premier forum politique de la région élargie des Balkans permettant aux États membres de l'UE et aux pays candidats de se retrouver. C'est là l'une de ces organisations régionales récemment créées et qui contribuent sans aucun doute aux travaux préparatoires dans les pays candidats et les candidats potentiels des Balkans occidentaux. Mais il ne faut pas les considérer comme des substituts du processus d'accession qui lui est bien plus complet.
Avec des perspectives aussi rassurantes que celles-ci pour les Balkans occidentaux, et du fait de la taille relativement petite de cette région, quelles sont les raisons de cette "fatigue" persistante de l'UE en matière d'élargissement?
L'adhésion est clairement impossible tant que les Balkans occidentaux ne cesseront de se disputer sur la question du Kosovo, tant que les nationalistes continueront de soulever des questions territoriales près de vingt ans après l'éclatement de l'ex-Yougoslavie et tant que les héritiers de Karadzic et Mladic espèreront toujours régler les questions ethniques par la violence.
En outre, la cadence à laquelle les pays candidats se rapprochent individuellement de l'Union continue de dépendre de la vitesse à laquelle ils se réforment et du degré de soutien dont ils bénéficient pour ces réformes.
L'Europe, avec le soutien essentiel des États-Unis, a fait de grands progrès pour mettre un terme au carnage des années 1990 avant d'aider ensuite à la reconstruction des pays des Balkans. Mais l'Union européenne n'a pas encore réussi à préparer de manière plus étendue les Balkans occidentaux à leur accession ni à suivre sa propre ligne définie lors de la promesse de Thessalonique en 2003. Lors de cette réunion, l'UE avait déclaré être prête à intégrer les États des Balkans occidentaux lorsqu'ils auraient atteints les normes européennes. Il n'était pas question de charité: les Balkans apporteraient une certaine valeur à l'UE. Mais les travaux de l'UE avec les Balkans pour les préparatifs à l'accession ont été très irréguliers. Et sa propre crise interne sur la proposition de constitution a fait du tort à sa réputation dans les Balkans. Espérons que le Traité de réforme, approuvé par les dirigeants européens à Lisbonne, aidera à rassurer les critiques et à ouvrir la voie à une nouvelle phase, plus assurée, d'intégration des Balkans.
Sinon, on pourrait véritablement se demander ce qu'il est advenu de l'esprit européen des années 1970 et 1980, quand des pays tels que la Grèce, le Portugal et l'Espagne, qui sortaient alors d'années de dictature et de troubles politiques, furent accueillis dans la communauté européenne des États démocratiques. Les décisions politiques qui ont été prises alors étaient bien plus risquées que celles qui sont en jeu dans la question des Balkans. Lors de la Guerre froide, l'Europe de l'ouest avait compris qu'elle devait accueillir ces pays, suite à la décision historique du continent de lancer l'intégration.
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Et aujourd'hui? Les membres les plus récents de l'UE, la Bulgarie et la Roumanie, tous deux États des Balkans, sont des exemples de pays avec des besoins spécifiques. Alors que Bruxelles a considéré, dans un premier temps, les négociations pour l'accession de manière un peu trop cavalière, elle a par la suite adopté une ligne plus responsable et décidé de poursuivre l'évaluation de ces deux pays, même après leur entrée dans l'Union. Elle veut que la Bulgarie et la Roumanie développent les systèmes administratifs et judiciaires efficaces qui sont nécessaires à l'appartenance à l'Union, et ainsi en tirer profit également.
L'UE pourrait apprendre beaucoup de cette expérience pour développer une stratégie d'accession pour les pays des Balkans occidentaux dont le développement se trouve retardé par des conflits ethniques et des troubles civils. Leurs besoins spécifiques pourraient être pris en charge dans toute nouvelle approche de l'UE. Cela renouvellerait les espoirs de ces pays cherchant à entrer dans l'Union et pourrait limiter les retombées de la question du Kosovo. Des négociations d'accession qui seraient guidées par les progrès pourraient aider à créer le consensus national si essentiel à ces sociétés divisées.
C'est dans l'intérêt de l'Europe tout autant que dans l'intérêt de cette région d'accélérer l'intégration déjà bien retardée des Balkans occidentaux à une Union dynamique. Si l'UE n'agit pas rapidement, toute la région pourrait retomber dans ses travers, ce qui affecterait sa sécurité précaire et entraînerait des conséquences sociales et économiques terribles.
Après l'accord de Lisbonne sur la rationalisation de l'architecture institutionnelle de l'UE, revigorer le processus d'accession contribuera sans aucun doute à la consolidation de l'Union aussi bien d'un point de vue territorial que politique. Cela renforcerait le rôle de l'Union dans le voisinage élargi de l'Europe, de la méditerranée, du Moyen-Orient et autour de la Mer Noire.