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le ROYAUME-UNI n'est pas prêt d'adopter une stratégie pro-européenne

Spring 2008

Certains britanniques pensent que le manque d'intérêt de Gordon Brown pour les affaires européennes lorsqu'il était Chancelier de l'Echiquier va disparaître maintenant qu'il est devenu Premier ministre. Ian Kearns du London Institute for Public Policy Research nous a, par exemple, offert un point de vue optimiste de la "vision européenne" de M. Brown dans le dernier numéro de Europe’s World. Mais le Royaume-Uni est-il véritablement prêt à reprendre les rennes sur certaines questions européennes importantes? Certainement pas. Le débat sur l'Union européenne est assez négatif, et la "vision" de Gordon Brown quant à la politique européenne – si tant est qu'elle existe – est défensive, anxieuse et loin d'être conciliante.

Malheureusement pour les pro-européens, M. Brown n'échappe pas à l'une des lois de la politique européenne, à savoir que les leaders politiques fragilisés dans leur pays font de piètres partenaires européens. D'ailleurs, les sérieux problèmes politiques auxquels il est aujourd’hui confronté ont tous une dimension européenne.

Tout d'abord, Gordon Brown s'est davantage défini par opposition à Tony Blair, son prédécesseur travailliste, qu’au leader conservateur de l’opposition, David Cameron. D'où la disparition du "noyau Blair" travailliste qui s'était toujours montré plus pro-européen que M. Brown et ses alliés, et l'impossibilité pour Gordon Brown de se démarquer de l'europhobie des conservateurs, qui flirte parfois avec la xénophobie.

Ensuite, Gordon Brown a commis une énorme bourde politique en laissant croire qu'il avancerait la date des élections à l'automne 2007. Les sondages d'opinion confirmaient, en effet, la hausse de sa cote de popularité durant l'été. Cependant, ces sondages se retournèrent rapidement contre lui après le brillant discours de David Cameron lors de la conférence de son parti et suite aux promesses des conservateurs de réduire les droits de succession tant haïs par leurs concitoyens. Ainsi, par la force des choses, Gordon Brown revint sur sa proposition d’élections anticipées. Ce pas en arrière coïncida avec le sommet de l'UE à Lisbonne, où il défendit avec virulence les différentes restrictions qui dispensent le Royaume-Uni d’appliquer une série de dispositions du traité modificatif, ainsi qu’avec une campagne du journal populiste Sun en faveur d'un référendum sur le traité. Il semble que M. Brown va devoir déplacer des montagnes, ne fut-ce que pour que le Parlement ratifie le nouveau traité.

Troisièmement, en tant que Premier ministre, M. Brown ôte au gouvernement travailliste l'un de ses principaux atouts: le Chancelier Brown. Son successeur, Alistair Darling, paraissait habile, jusqu'à ce qu'il annonce la réforme de la taxe sur les revenus du capital, qui ne manquera pas de décourager la prise de risques et les investissements à long terme. La décision de Darling provoqua la fureur, même parmi les syndicats alignés sur le parti travailliste, et ébranla le soutien britannique au programme de Lisbonne.

Un quatrième problème se prépare dans le nord. L’Ecosse, qui a vu naître Gordon Brown, est aujourd'hui gouvernée par le Parti national écossais (SNP), qui s'est toujours affiché comme pro-européen – sauf pour les questions liées à la pêche – et reste fidèle à son ancien slogan: "indépendance en Europe". Le SNP s'est engagé à organiser un référendum sur l'indépendance et pratique une politique de construction de la nation dans le but de préparer l’opinion publique à la séparation d'avec le Royaume-Uni. Dans ces circonstances, les origines écossaises de M. Brown pourraient lui desservir dans les circonscriptions électorales de la "Middle England" qui décideront de l’issue des prochaines élections. Ainsi, suite à la décision de l'Ecosse de ne plus faire payer les prescriptions médicales, certains parlementaires britanniques se sont demandés pourquoi leurs électeurs devraient payer davantage d'impôts pour que les compatriotes écossais de M. Brown puissent obtenir leurs médicaments gratuitement.

Evidemment, cela ne signifie pas que les chances sont nulles de voir Gordon Brown changer d’avis sur l’Europe. David Miliband, qu’il a choisi comme ministre des Affaires étrangères, a l'Europe dans le sang: ses parents sont polonais et son père est né à Bruxelles. M. Miliband a proposé de rebaptiser l'Union européenne "Environmental Union" et que le pays l’utilise comme plate-forme pour lutter contre le changement climatique. Pour ce qui est de la politique de développement également, l'Europe pourrait permettre à Gordon Brown de réaliser ce à quoi il aspire depuis longtemps, à savoir aider les pays pauvres, notamment en Afrique. M. Brown fait ses premiers pas en tant que Premier ministre. Etant donné que les élections générales ne sont prévues que pour 2009, il a plus que le temps de définir ce qu'il appelle sa "vision du changement". Jusqu'ici, cependant, le gouvernement s'est davantage concentré sur l'intérieur que sur l'extérieur et rien ne prouve que Gordon Brown adopte un jour une nouvelle stratégie pro-européenne ambitieuse !


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