LETTERS TO THE EDITOR
Réaction à l'article de David P. Calleo, "L’UE et les États-Unis ne partagent plus les mêmes intérêts géopolitiques"
Autumn 2008
David Calleo analyse un glissement continental d’un nouveau genre, dans lequel la tectonique politique de l’après-guerre froide divise de plus en plus l’Amérique et l’Europe. Intelligent, son article montre que l’on ne peut plus nier l’élargissement du fossé transatlantique. En revanche, je ne suis plus d’accord lorsqu’il écrit que le lien qui unit l’Europe et les États-Unis est d’abord un intérêt géopolitique commun étroitement défini.
Comme le note David Calleo, l’Europe et les États-Unis ont connu à maintes reprises des conflits d’intérêts. C'est ainsi que la menace communiste n’a jamais empêché les Européens d’exprimer leurs inquiétudes à haute voix. Quant au Président George Bush, il n’est certainement pas le premier commandant en chef américain impopulaire à l’étranger. À l’apogée de la guerre froide, Ronald Reagan inspirait la même colère chez de nombreux Européens. La stratégie de Lyndon Johnson au Vietnam provoqua des manifestations importantes dans les rues de Berlin et de Paris, alors que Richard Nixon était plus que méprisé de ce côté de l'Atlantique. Mais force est de constater que, même si les États-Unis et l’UE ont déjà connu des périodes de froid temporaires, les relations transatlantiques ont toujours perduré, et ce grâce à un élément.
Ce qui nous unit avant tout, c’est un ensemble unique de valeurs. Ces valeurs existaient déjà avant la guerre froide et demeurent à jamais inaliénables, puisqu’elles appartiennent à l’essence même de notre image. Je fais bien sûr référence au message sans égal des valeurs judéo-chrétiennes et de celles du Siècle des lumières que nous partageons depuis le XVIIIe siècle. Chacune de ces valeurs que nous chérissons encore (la dignité humaine, la tolérance, le pluralisme, la démocratie, la liberté et la primauté du droit) a le pouvoir de transcender les inévitables désaccords politiques quotidiens. Elles sont ce ciment qui unit l’Occident, y compris ses deux principaux piliers que sont l’Europe et l’Amérique du Nord.
Je ne peux toutefois nier que, ces derniers temps, ce ciment a eu tendance à se fissurer. L’Occident semble perdre son attrait aux yeux des autres peuples. Les terroristes et certains intégristes dans nos pays menacent des valeurs que nous chérissons depuis des siècles. En outre, la menace nucléaire que nous avons connue durant la guerre froide a laissé place à une menace plus subtile et insaisissable avec des effets potentiels explosifs et corrosifs.
Par conséquent, l’heure n’est plus à la recherche d’un quelconque compromis politique ni à l’expression d’une rivalité UE-États-Unis. Il est au contraire urgent que nous réalisions ce qui est en jeu pour chacune de ces deux puissances. Nous avons besoin d’un Occident solide et unifié pour affronter les défis de la globalisation et raviver l’attrait pour les valeurs occidentales. Sans un partenariat transatlantique solide, l’occident se retrouvera rapidement sur une pente glissante. Les élections présidentielles américaines constituent une occasion unique de prendre un nouveau départ. Or, il semble que nous l'ignorions. A notre propre péril.
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