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L’Europe a toutes les chances de devenir le champion de la lutte contre le changement climatique

Spring 2008
A moins de deux ans de l’importante conférence de l’ONU sur le climat prévue à Copenhague fin 2009, Anders Fogh Rasmussen, Premier ministre du Danemark, évalue les chances qu’a l’Europe d’influer sur le réchauffement climatique

Le protocole de Kyoto est une étape importante de l’engagement de la communauté internationale dans la lutte contre le changement climatique et constitue une référence depuis des années au sein des débats internationaux. Pourtant, l’engagement à réduire les émissions de gaz à effet de serre sur une première période allant de 2008 à 2012 n’est entré en vigueur que depuis quelques mois. Ces quatre prochaines années, les pays ayant ratifié le protocole s’efforceront donc de tenir leurs promesses. Entre-temps, le débat politique a évolué, et à juste titre. Même si cruciale, Kyoto n’était qu’une première étape. Selon les preuves scientifiques rassemblées par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat, des efforts acharnés seront nécessaires jusque bien au-delà de l’horizon 2012 fixé par Kyoto pour limiter la hausse de température à 2 °C. Aujourd’hui, tout le monde le reconnaît. Maintenant que l’Europe espère montrer le chemin de l’après-Kyoto, tous les regards se tourneront en 2008 vers l’Union afin de vérifier à quel point l’exemple promu est efficace.

Et le monde a raison de se tourner vers l’Europe car elle est en partie responsable des problèmes climatiques actuels, avec environ 14% des émissions de CO2 à travers le monde. La réduction des émissions européennes va donc grandement contribuer aux efforts mondiaux, même si cela ne va pas enrayer le réchauffement climatique. Si l’UE a raison d’agir, c’est non seulement parce qu’elle s’est engagée vis-à-vis du reste du monde, mais aussi parce qu’elle y trouve ses intérêts. En effet, les Européens connaissent bien les phénomènes climatiques extrêmes tels que la sécheresse, les feux de forêt et les inondations.

Quel sera donc le rôle de l’Europe dans l’après-Kyoto? Tout d’abord, il nous faut garantir une participation internationale plus étendue aux efforts de réduction des émissions de CO2. Kyoto a été ratifié par 175 pays mais, si ce chiffre semble impressionnant, il exagère l’impact du protocole. En effet, seuls 31 des Etats (Annexe 1 Parties to the United Nations Framework Convention on Climate Change) qui l’ont ratifié se sont engagés à réduire les gaz à effet de serre de 5% par rapport à 1990 d’ici à 2012. Ensemble, ces pays représentaient moins de 25% des émissions de CO2 dues à la combustion d’énergie. En outre, les Etats-Unis, qui jusqu’à récemment représentent la source la plus importante d’émissions de CO2, refusent de ratifier le protocole. Enfin, le protocole ne contraint certains géants économiques émergents tels que la Chine, le Brésil ou l’Inde, à aucune réduction particulière. Dans les faits, donc, Kyoto, malgré son importance au niveau politique, ne s’attaque qu’à une partie limitée du problème. 

 QUESTION D'OPINION

Dans le Sud, l'opinion publique européenne s’enflamme sur le changement climatique

L’abondance de bulletins d'informations rapportant des événements climatiques extrêmes, de plus en plus fréquents dans le monde entier, a propulsé la question du changement climatique à la une de l’actualité. Dans un récent sondage Eurobaromètre mené par Gallup pour le compte de la Commission Européenne, près de 9 Européens sur 10 affirment que les changements climatiques et le réchauffement de la planète les inquiètent, "fortement" pour 50% d’entre eux, “relativement” pour 37%

C’est dans le Sud de l’Europe, – en Grèce, Espagne, Chypre et Malte – qu’on trouve les citoyens les plus préoccupés alors que les Scandinaves, Polonais, Lettons et Estoniens affichent le moins d'inquiétude. Les Hollandais, malgré la faible altitude de leur territoire national, sont le moins inquiets de l’UE.

L'Union européenne se doit de donner l’exemple et favoriser les énergies propres

Le nombre de personnes interrogées qui pensent que les problèmes énergétiques doivent être réglés au niveau européen sont deux fois plus nombreux que ceux qui pensent que cela doit se faire au niveau national. D’ailleurs, plus de 80% des personnes interrogées soutiennent la décision de l'Europe de fixer des objectifs de quota minimal pour les énergies renouvelables dans chaque Etat membre. 61% des Européens estiment que la part actuelle de l'énergie nucléaire dans l’approvisionnement en énergie (un tiers) devrait être réduite, alors que 30% considèrent qu'elle devrait être augmentée. 



http://www.gallupworldpoll.com/

Ce caractère limité exaspère d’autant plus quand on se met à observer les prévisions. Les pays ayant accepté les objectifs de Kyoto en matière de réduction de CO2 représenteront probablement moins de 15% des émissions de CO2 mondiales dues à la combustion d’énergie d’ici à 2030. Une première étape, essentielle, est donc de faire en sorte que le prochain accord sur les changements climatiques prenne une véritable dimension internationale et que toutes les économies qui émettent des quantités importantes de CO2 y participent.

Si l’on veut gagner la bataille contre le changement climatique, il faut que tous les grands pays industrialisés comprennent qu’il est nécessaire de réduire drastiquement les émissions de CO2 et que tout le monde doit y contribuer. Il est cependant clair que chaque pays bénéficiera de l’application d’un degré variable de responsabilité déterminé par son niveau de développement économique. La Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques de 1992, par exemple, mentionnait une « responsabilité commune mais différenciée » dans la lutte contre le réchauffement climatique. Ce principe reste essentiel au processus de développement d’un nouveau consensus mondial.

Dans le cadre du combat contre le réchauffement climatique, les populations européennes attendront de l’Union qu’elle tienne ses promesses. Un échec risque d’éloigner les citoyens européens des institutions européennes et pourrait même nuire au concept même de l’Union. De même, le monde attendra de l’Europe qu’elle fasse progresser l’ordre du jour international et qu’elle démontre qu’il est possible de réduire les émissions de CO2 tout en maintenant les dépenses de l’aide sociale et une croissance économique.

Mais le temps nous manque. Selon le calendrier confirmé lors de la conférence sur le climat qui s’est tenue à Bali en décembre 2007, les tentatives de mise en place d’un nouvel accord mondial ambitieux atteindront un premier sommet à Poznan, en Pologne, en décembre prochain, et culmineront à la conférence sur le changement climatique de l’ONU prévue à Copenhague une année plus tard. Décembre 2009 est dont la date limite pour faire suite à Kyoto et trouver un arrangement qui engagera efficacement tous les pays émetteurs dans un effort mondial pour combattre les changements climatiques dus à l’homme. L’UE est bien impliquée dans ce processus et a déjà montré l’exemple en acceptant les objectifs de réduction de CO2 de l’après-Kyoto. En effet, le Conseil européen a accepté en mars 2007 de réduire les émissions de CO2 de l’Europe de 30% par rapport au niveau de 1990 d’ici à 2020 dans le cadre d’un accord mondial.

La légitimité de l’Europe en tant que leader dans ce domaine ne dépendra cependant pas seulement de la définition d’objectifs, il faudra aussi agir en conséquence. Nous assisterons cette année à de difficiles négociations sur la proposition de répartition des efforts avancée par la Commission. Espérons qu’un accord sera trouvé d’ici à la fin de l’année. En outre, l’Europe va explorer et développer des instruments de marché flexibles afin d’accroître les possibilités de réduction d’émission de CO2. L’UE se trouve à une place de choix pour faire progresser le mécanisme du marché et démarre pour l’instant un système d’échange de quotas d’émission de CO2 de seconde génération qui, plus centralisé, devrait à la fois améliorer l’efficacité du marché au sein de l’Europe ainsi qu’ouvrir la voie à l’échange mondial de quotas d'émission de gaz à effet de serre.

L’UE devrait également prouver au monde entier que s’attaquer à ce problème n’implique pas que des choix négatifs. Le réchauffement climatique crée aussi des opportunités, grâce aux nouvelles technologies et méthodes de production permettant d’émettre moins de CO2 et d’accroître la compétitivité industrielle et la croissance économique. Le Danemark, par exemple, a réalisé une croissance de 70% depuis le début des années 1980, sans augmenter sa consommation d’énergie et en transformant près de 15% de son énergie produite en énergie renouvelable. Durant cette période, ce pays est devenu l’une des économies les plus concurrentielles du monde. Ainsi, le développement de technologies non polluantes, favorisant les énergies renouvelables et le rendement énergétique non seulement règle en partie le problème du changement climatique mais est également une source importante d’emplois et de création de richesse. Cette conception positive est partagée au niveau européen, où le climat et l’énergie sont l’un des quatre secteurs prioritaires de la stratégie européenne pour la croissance et l’emploi. Il nous faut continuer à montrer l’exemple et à démontrer que le changement climatique n’est pas un obstacle au développement économique mais fait aussi partie de la solution.

Transformer le défi posé par le changement climatique en succès économique nécessitera cependant des investissements prolongés en recherche et développement et un encouragement continuel de l’innovation. De même, s’il nous faut assurer l’intégration nécessaire de nouvelles technologies non polluantes, il nous faudra promouvoir et investir dans les bâtiments à faible consommation énergétique, prendre des décisions pertinentes à long terme en matière de transport et d’énergie et développer un mélange bien dosé d’instruments écologiques. Cela implique un cadre efficace et ambitieux qui doit s’efforcer de faire de l’Europe le laboratoire des solutions énergétiques d’avenir axées sur le marché. A cet égard, les Etats membres ne manquent pas d’imagination et de nombreuses initiatives y sont déjà entreprises en matière d’énergie verte. Il faut puiser dans les meilleures idées de chacun et les transformer en solutions gagnantes communes. Nous devons donc amplifier les coopérations en matière de technologie, de recherche et développement et de la diffusion et du transfert de ces technologies.

L’UE doit servir d’exemple en matière de technologies propres et d’instruments de marché mais aussi adapter sa politique à l’égard des pays du tiers monde. Elle est déjà l’un des leaders mondiaux de l’aide au développement et du financement du mécanisme pour un développement propre du protocole de Kyoto. Il faudra particulièrement prêter attention à ce domaine. La plupart des pays en développement ne contribuent que très peu aux émissions de gaz à effet de serre mais sont particulièrement exposés aux répercussions du changement climatique. Les conditions climatiques extrêmes menacent la production alimentaire, les écosystèmes fragiles et les ressources en eau peu abondantes, et de ce fait compromettent nos efforts pour diminuer la pauvreté et atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement. Il faut systématiquement prendre ces menaces en compte dans nos politiques et programmes et donner plus d’importance aux efforts destinés à atténuer les conséquences néfastes du climat.

L’après-Kyoto est déjà bien avancé. L’UE s’est assigné la tâche immense de diriger la lutte contre les changements climatiques. Avec les Etats-Unis et d’autres économies avancées, l’Europe devra endosser une part importante du fardeau de la réduction des émissions de CO2 tout en maintenant sa croissance économique. L’UE devra en outre aider les nations pauvres à jouer leur rôle dans l’effort global et à s’adapter aux conséquences défavorables du changement climatique déjà perceptibles. Il s’agira de l’un des plus grands défis de l’UE dans les années à venir, qui aura une influence directe sur la manière dont elle est perçue, à la fois par ses citoyens et dans le monde entier. Il est de notre responsabilité d’agir, et nous en avons les moyens. Dans les mois et années à venir, nous, les décideurs européens, devons prouver que nous sommes à la hauteur.


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vendredi, 25 mai 2012
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