Le message central de l’article de Tony Juniper est de dire que l'action de l'Union européenne ne suffira pas à régler les problèmes environnementaux les plus urgents. Durabilité et compétitivité devraient être considérées comme les deux faces d’une même pièce. Fondamentalement, ce point de vue est judicieux, mais s’il faut être exigeant à l’égard de l’UE, il ne faut pas non plus trop en attendre.
L’EU serait donc à l’origine de pas moins de 85 % des règles et lois relatives à l’environnement appliquées au Royaume-Uni. Et on retrouve des pourcentages similaires dans d’autres États membres. Ainsi, aux Pays-Bas, de récentes études indiquent que 60 à 70% de la législation néerlandaise en matière d’environnement ont, d’une manière ou d’une autre, été influencés par l’Europe. Mais si l’on considère l’importance réelle et l’impact concret de cette influence, il est fort probable que ces chiffres redescendent aux alentours de 20%.
Tout cela me semble plutôt un bon état de choses, car il y a deux très bonnes raisons (au minimum) de laisser une grande marge de manœuvre aux États membres dans ce domaine. D’abord, c’est une bonne manière, et probablement la seule, de gérer la diversité nationale. Étant donné les différences économiques, sociales, culturelles, politiques, institutionnelles et juridiques existant entre les États membres, il est essentiel de trouver un juste équilibre entre l’uniformité et l’équité d’une part, et les contextes nationaux d’autre part. Secundo, les États membres servent souvent de bancs d’essai pour tester de nouvelles politiques. En réalité, une grande partie des politiques environnementales de l’UE proviennent d’initiatives nationales qui, via différents mécanismes allant du lobbying prudent à la provocation directe, se sont hissées au niveau européen.
Les politiques nationales restent au centre de la quête de durabilité de l’UE. Cette approche semble encore plus pertinente vu l’éventail des mesures nécessaires pour gérer des problèmes aussi complexes que celui du changement climatique. M. Juniper se concentre principalement sur la réduction des émissions au niveau de la production. Mais pour atteindre les indispensables 90% de réduction des émissions de gaz à effet de serre durant les prochaines décennies, il faudra davantage que les économies d’énergie du secteur industriel et les technologies propres. Sans prôner un retour à l’âge de la pierre, il est indispensable que les manières de consommer et les styles de vie changent. Il faut donc, par exemple, remettre en question la consommation énergétique des automobiles et leur usage, ce qui à son tour implique une reconsidération des politiques relatives à des domaines tels que les infrastructures et le logement. Même chose pour l’alimentation, les vêtements ou les vacances.
L’autorité de l’UE dans ces domaines est – à juste titre ! – limitée. Peu d’Européens apprécieraient que Bruxelles vienne ainsi directement perturber d’importants aspects de leur vie privée. Il y a donc tout intérêt à ce que ces sujets difficiles soient débattus, évalués et réglés au niveau national, où les questions culturelles et socio-économiques locales seront plus efficacement prises en compte. Ce qui, bien sûr, n’exclut pas la possibilité d’ultérieurement adopter au niveau européen les ingrédients les plus réussis de ces politiques.
L’UE doit certainement continuer et redoubler d’efforts en matière d’environnement tout en cherchant à mieux concilier développement économique et durabilité. Mais sans nuire à la contribution que chaque État membre peut et doit apporter.